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La cosmétique et le marketing de la peur. Quand les associations de consommateurs s'en mêlent.

Après le succès de 60 millions de consommateurs le 29 Septembre dernier, il était  normal que l'association "que choisir" essaie de se tailler la part du lion dans le marketing de la peur sur les cosmétiques. 

Si le consommateur pouvait déjà lire "un cosmétique sur deux contient une molécule indésirable" ou "exposer 10 fois par jour à des substances problématiques", il peut désormais lire aussi "irritants, allergènes, perturbateurs endocriniens… les substances toxiques ne sont pas rares dans les produits d’hygiène et de beauté"

Quel intérêt de rédiger des documents à charge, anxiogènes pour le consommateur et susceptibles de provoquer des réactions de marché où le remède devient pire que les maux ?

Ne peut-on pas tirer les leçons du passé ? 

Ne peut-on pas tirer des enseignements de la polémique sur les parabens  ? Comment peut-on aujourd'hui s'insurger de voir resurgir le méthylisothiazolinone ou encore le Triclosan, quasiment absents des formules depuis 1975, quand leur utilisation est la résultante des débats "fleuve" sur les parabens largement alimentés par la presse elle-même.

Comment se fait-il que des organisations humaines composées de personnes intelligentes et sensées sont incapables de voir que les remèdes sont parfois pire que les maux ? 

La motivation n'est-elle pas de protéger le consommateur ? 

Même si les motivations sont bonnes, il arrive que le résultat attendu soit en marge de celui escompté. Je pense malheureusement que c'est le cas quand on cède au marketing de la peur, aussi efficace soit-il pour vendre du papier.

Pourquoi taire les réalités physiologiques ?

La peau est un tégument, c'est à dire une enveloppe externe, non vascularisée à sa surface, (c'est pour ça que lorsque la peau se soulève superficiellement on ne saigne pas), protégée par une couche cornée 1000 fois plus difficile à traverser que le reste des couches, recouverte d'un film hydrolipidique légèrement acide qui s'oppose à la pénétration de substances étrangères, qui régule l'hydratation et qui lutte contre les agressions microbiennes.

Pourquoi faire des amalgames entre molécules irritantes, allergisantes et perturbateurs endocriniens ?

Si les molécules irritantes et les perturbateurs endocriniens concernent l'ensemble de la population, les molécules allergisantes ne concernent que les sujets sensibles.

Non seulement nous ne sommes pas tous allergiques, fort heureusement, mais si on factorise le fait que la majorité des allergies sont des allergies respiratoires, voire alimentaires pour 4% des adultes et 8% des enfants, ça limite grandement la portée de l'argument.

Je comprends qu'il soit plus marquant de dire que 30% de la population est allergique sans faire le distinguo et sans rentrer dans le détail mais les cosmétiques ne sont concernés que par les allergies de contact, beaucoup moins importantes en matière de ratio.

Aussi, comparer des substances toxiques pour l'ensemble de la population à une réponse anormale et excessive du système immunitaire d'une fraction de la population sur-exprime le niveau de risque et de danger. Quel en est vraiment l'intérêt ?

Allergique n'est pas le synonyme de toxique.

Pourquoi isoler les éléments de leur contexte général ?

On connait tous les conséquences de propos sortis de leur contexte. La chimie ne fait pas exception.

On prend le soin de dénigrer les molécules de façon isolé en faisant fi des interactions avec les autres éléments de la formule. Autant l’interaction de molécules non irritantes prises isolément peut éventuellement poser problème en synergie, autant une molécule irritante associée à d'autres substances peut ne présenter aucun danger.

Les molécules du mucilage, de l'amidon, du sucre s'interposent par exemple entre les molécules irritantes. Les hydrocarbures, les silicones et autres molécules de haut poids moléculaire limitent la biodisponibilité cutanée et rendent certaines molécules irritantes inopérantes.

Pourquoi refuser d'introduire dans le raisonnement la notion d'exposition aux substances ?

N'a-t-on pas les mêmes références ? Faut-il reléguer les conclusions de celui qui, encore aujourd'hui, est considéré comme le père de la toxicologie ? Faut-il penser que le fondement qui consiste à dire "Toutes les choses sont poison, et rien n'est sans poison; seule la dose détermine ce qui n'est pas un poison. C'est dans la dose qu'est le poison."

La dose létale 50 (dose à laquelle 50% des individus exposés meurent) de l'eau est à environ 9 litres pour un homme de 80kg. Est-ce à dire que l'eau est toxique?

Restons sérieux, si le marché de la peur fait vendre il faut que nous ayons tous conscience qu'il redistribue les cartes, esquisse les contours du marché de demain (pas toujours dans l'intérêt du consommateur) et participe aux décisions économiques, politiques et entrepreneuriales.

" Tous concernés, tous acteurs, tous responsables"

Restons professionnels, soyons précis dans nos propos, n'induisons pas le consommateur en erreur et évitons la peur, toujours mauvaise conseillère.

En Europe, la sécurité des produits cosmétiques et de leurs ingrédients est surveillée par le SCCS (Scientific Committee for Consumer Safety), instance rattachée à la Commission européenne qui évalue toutes les nouvelles données scientifiques et émet  des recommandations. La "cosmétovigilance" permet, en sus, de recenser rapidement toute information relative à d'éventuels effets indésirables liés à l'utilisation des produits cosmétiques soumis aux contrôles permanents des autorités (DGCCRF et ANSM).

La cosmétique fait partie des domaines les plus réglementés et les plus transparents, elle bénéficie en outre de dispositif (REACH) en matière de protection de l'environnement (enregistrement, évaluation, autorisation et restrictions des substances chimiques) et aucun scandale sanitaire d'envergure n'est à déplorer comme ça a pu être le cas en alimentaire avec la vache folle.

Alors, de grâce arrêtons de tirer sur l'ambulance ...